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Références de Jean-Marc Dossmann

La cordonnerie Jean-Marc Dossmann
(article dossier du mois de la gazette des métiers octobre 2006)

«parlez-en à vos pieds»

gazette des métiers

Strasbourg, à l’angle de la rue du Chevreuil et de celle des Bonnes Gens, la cordonnerie de Jean-Marc Dossmann a tout pour surprendre.

L’enseigne lumineuse déclinant la raison sociale est visible de loin et flamboie en plein jour. Sur le trottoir, de part et d’autre de la porte grande ouverte, deux corbeilles en osier plantées de roses. A l’intérieur, un canapé profond comme un abîme et garni de plantureux coussins. Sur une table basse, sculptée dans un bois exotique extrême oriental, une bonbonnière bien remplie, des petits gâteaux et des carrés de chocolat. On parie que les gamins et gamines de l’Ecole Saint-Jean, de l’autre côté de la rue, ne doivent pas se faire prier pour accompagner leur maman chez le cordonnier. Sur les vitrines des slogans «parlez-en à vos pieds» ou «l’élégance commence par une belle paire de chaussures et une jolie démarche».

En guise de comptoir d’accueil, un meuble de bar, moulures exotiques et look design, on boirait bien un verre, surtout que le tabouret est tentant et qu’une bande sonore signée Edith Piaf invite à la nostalgie.

Les murs sont teintés d’ocre et de carmin, conférant à l’ensemble une ambiance zen, qui conviendrait à des adeptes du bouddhisme... Inattendu pour une cordonnerie, à la fois plaisant, dérangeant dans le bon sens, mais si on parlait chaussures ?

S’adapter à la clientèle

En métamorphosant la boutique de son père Raymond, auquel il a succédé en 1988, Jean- Marc ne s’est pas contenté de transformer l’écrin, il en a aussi bouleversé le fonctionnement adaptant un métier séculaire au rythme de la clientèle contemporaine.

En semaine, c’est dès 6h30 que la cordonnerie est accessible. A cette heure là on stationne sans peine rue des Bonnes Gens et les habitués apportent les chaussures à réparer, avant d’aller au travail. Ici la journée est continue, pas de pause déjeuner, une latitude appréciée d’une clientèle obsédée par le gain de temps.

En plus de son site internet (www.cordonnerie-dossmann.fr) et d’une offre de parrainage (5 % de réduction pour chaque nouveau filleul), Jean-Marc compte aussi sur le bouche à oreille et ça marche plutôt bien, de sorte que cette cordonnerie de quartier étend sa zone de chalandise bien au-delà, d’autant plus que les cordonneries se raréfient d’année en année, en ville comme à la campagne.

«Il nous faut un Jean-Pierre Coffe»

Jean-Marc Dossmann est formel, ce qu’il faudrait à la cordonnerie c’est un Jean-Pierre Coffe qui interpellerait le consommateur en scandant avec force, comme il le fait pour la salade ou les tomates «ces chaussures c’est de la m…».

Comment expliquer qu’à une époque où les gens sont autant préoccupés de leur apparence, de leur bien-être, ils attachent si peu d’importance à ce qu’ils portent aux pieds, toutes générations confondues. Les jeunes pataugent dans le bouillon de culture de leurs baskets, les plus âgés se chaussent à la va-vite dans les rayons des hard discounters et quand la semelle décroche ou que la talonnette s’effondre, destination poubelle.

Pour essayer de percer le caractère d’un interlocuteur, à chacun ses repères. Les uns scrutent le regard, certains lisent sur les lèvres, d’autres s’attardent sur les mains. Ah si dans Quai des Brumes, Gabin avait dit à Morgan «t’as de beaux pieds tu sais», le destin de la cordonnerie en eut été changé! «Le problème, c’est qu’on ne voit pas les chaussures au premier coup d’œil», insiste Jean-Marc en déplorant que nombre de cadres jeunes et moins jeunes élégamment vêtus de la tête aux chevilles, arborent aux pieds des godillots bas de gamme, de surcroît en manque de cirage.

C’est parce qu’il aime son métier et qu’il souhaite le transmettre que Jean-Marc s’emploie à proposer des services, à débanaliser l’acte de réparer une chaussure ou de remettre en état une sacoche ou un sac. Il fait de la pédagogie et consacre du temps à ses clients, pour les sensibiliser à l’importance de porter des chaussures de qualité.

«Mais il n’est pas facile de les convaincre» regrette Jean-Marc, surtout que l’offre de chaussures de qualité est loin d’être satisfaisante sur la place de Strasbourg.

Dépourvu ni de persévérance, ni de conviction, Jean-Marc entend poursuivre son métier, même si l’effectif se réduit comme une peau de chagrin et s’il ose cette image prémonitoire «nous autres cordonniers nous sommes accrochés à une échelle de corde qu’un mauvais génie secoue énergiquement pour faire lâcher prise à l’un après l’autre», il demeure néanmoins optimiste, «la cordonnerie vivra, il y aura toujours des fans de belles chaussures».

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